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La Chronique de Gérard BRETON : Tricheurs, M'as-tu-vu et camouflés - 2ème partie

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Tous les mois, gérard BRETON vous donne rendez-vous pour une nouvelle chronique.

Ce mois-ci, il poursuit sa trilogie : "Tricheurs, M'as-tu-vu et camouflés" avec une 2ème partie consacrée aux "M'as-tu-vu et camouflés"...    Voir la chronique
 
La première chronique est toujours disponible !


3 - LES M'AS-TU-VU DU BENTHOS


Les proies les plus exposées à la convoitise des prédateurs sont les animaux benthiques (c'est-à-dire vivant au fond) fixes ou peu mobiles. Leurs stratégies défensives sont variées : développement d'une coquille ou d'un squelette externe, éventuellement armé d'épines (oursins, bivalves, gastropodes), rétraction dans un tube ou un abri (vers tubicoles comme les spirographes, cnidaires comme les cérianthes). D'autres ont simplement mauvais goût mais cela ne suffit pas à les protéger. Encore faut-il que leurs prédateurs éventuels le sachent. Pour cela, les non-comestibles ont souvent des couleurs vives. Les éponges qui ont peu de prédateurs sont, en Méditerranée, souvent vivement colorées en rouge ou jaune. Les benthiques immobiles ou peu mobiles développent fréquemment des méthodes de défense chimique. C'est pour cette raison que les pharmacologues qui recherchent des substances médicamenteuses (antimitotiques en particulier) en testant diverses espèces marines ciblent plus précisément les invertébrés marins fixés ou peu mobiles et mous - spongiaires, bryozoaires, ascidies, opisthobranches.

C'est pour la même raison que se recrutent dans ces groupes les espèces les plus vivement colorées comme les opisthobranches Pleurobranchus testudinarius (= Susania testudinaria) à la robe orange, les tubercules étant soulignés d'un cercle blanc bleuté lumineux

ou le très voyant doridien Peltodoris atromaculata surnommé« la dalmatienne » par les plongeurs

ou encore Chromodoris luteorosea

Beaucoup de plongeurs ont eu l'occasion d'observer la très commune éponge orange encroûtante Crambe crambe (Thiele), formant une sorte de boule qui se contracte brutalement à l'approche de l'intrus, alors même que les éponges n'ont pas de muscles.

Il s'agit en fait d'un bivalve, Arca noe Linné, fixé au rocher par un byssus et qui complète la protection de sa coquille par la présence sur celle-ci de l'éponge Crambe crambe. Il semble que, dans cette symbiose, Arca noe tire protection de cette éponge non comestible (et qui le montre par sa couleur vive) : en somme, le tricheur Arca noe utilise les talents du m'as-tu-vu Crambe crambe.
De même, le petit crabe Dromia personata a-t-il un « pardessus » d'épongé ou de synascidie, qui recouvre complètement sa carapace et sous lequel il se camoufle et se protège, que le pardessus soit de couleur vive et possiblement aposématique - le cas est fréquent en Méditerranée - ou de couleur terne et possiblement camouflante ainsi qu'il est observé en Manche.
Bien sûr, de telles couleurs vexillaires ne sont pas des garanties absolues contre tous les prédateurs : certaines éponges ou certains bryozoaires, malgré leurs couleurs vives sont gaillardement broutés, par exemple par des gastéropodes.
De même, toutes les couleurs vives ne sont pas vexillaires ou ne le sont pas dans tous les milieux ou à toutes les profondeurs : qu'en est-il d'un animal à robe rouge qui évolue dans le coralligène, vers 30 mètres de profondeur, où la couleur rouge n'est plus perçue?




4 - POUR VIVRE HEUREUX, VIVONS CACHÉS

Pourquoi la rascasse est-elle aussi indolente et se laisse-t-elle approcher par le plongeur? Sans doute parce qu'elle a confiance dans son camouflage ! Son corps, tacheté, hérissé de lambeaux est peu visible sur un rocher au milieu des algues.

Il en va de même de la baudroie Lophius piscatorius qui doit son nom d'espèce au fait qu'elle chasse les poissons à l'affût. Une sorte de canne à pêche - le rayon d'une nageoire - lui permet d'agiter au-dessus de sa bouche un appétissant lambeau de chair. Malheur à l'imprudent poisson qui se laisse tenter : elle le gobe en ouvrant une bouche démesurée.

Le poisson n'a rien vu car le corps de la baudroie, tacheté de gris et pourvu, lui aussi de nombreux lambeaux en forme d'algue - y compris une « barbe » impressionnante - est parfaitement camouflé. Ces lambeaux, et la tête démesurée rendent d'ailleurs la baudroie si peu décorative que, lorsqu'elle arrive à l'étal du poissonnier, non seulement elle a changée de nom (la lotte de mer), mais encore elle a été décapitée : la tête, encombrante et jugée inesthétique donc peu commerciale, n'est jamais exposée. Ici, le camouflage empêche le prédateur d'être repéré par la proie : il s'agit d'un camouflage offensif.

Autres champions du camouflage, les arthropodes. L'araignée de mer Maja verrucosa a déjà, lorsqu'elle est nue, un corps honnêtement discret : couleur neutre, abondantes épines et pattes grêles lui permettent de passer inaperçue parmi les algues. Mais elle en rajoute, en pratiquant une sorte de camouflage actif. Non seulement elle laisse pousser sur son dos et sur ses pattes un gazon de petites algues, éponges, hydraires qui la rendront bien moins visible, mais encore elle participe activement à la chose, en cueillant avec ses pinces des fragments d'organismes et en fixant sur des petites épines en crochet ces boutures qui s'y développeront en une vêture d'autant plus réussie qu'elle est naturelle et vivante.

 
Camouflage efficace mais provisoire puisque, à la prochaine mue, notre Maja se retrouvera totalement nue à nouveau. La Dromie, Dromia personata citée plus haut procède un peu de la même manière mais son « pardessus » croissant en même temps qu'elle et n'étant pas fixé à la carapace mais maintenu à l'aide de la cinquième paire de pattes lui sert d'une mue à l'autre
L'opisthobranche Bosellia mimetica vit sur l'algue verte Halimeda tuna.

Sa couleur est identique à celle de l'algue. Les Bosellies sont vert clair ou vert plus soutenu selon qu'elles se trouvent habituellement à la face inférieure, plus claire, ou à la face supérieure du thalle de l'algue.

Leurs rhinophores, blancs, et une tache au milieu du dos miment les jeunes tubes de serpules, abondants sur les thalles de l'algue.

À dire vrai, elle ne se nourrit que de cette éponge. Non seulement elle en a très exactement la couleur jaune sale, ce qui la rend très difficilement visible sur son support, mais encore sa ponte, toujours sur l'éponge, est du même jaune que les parties broutées du spongiaire.

Une telle homochromie pose d'ailleurs un problème au photographe sous-marin : si la photo qui doit illustrer le camouflage est réussie, on ne voit pas l'animal camouflé, et, si on le distingue, c'est que le camouflage n'est pas parfait. Nous avons connu ce dilemme en photographiant un poisson plat Bothus podas (Delaroche) homochrome sur fond de sable.
Les deux derniers cas montrent que le camouflage se pratique à toutes les échelles et que des animaux de petite taille peuvent également vivre cachés. La mise en évidence de ces deux petits camouflés est à mettre à l'actif du plongeur biologiste dont nous contions, plus haut, la mésaventure avec Alicia.

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